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Rubrique Transversalité

Liaison école – familles

Le 3 octobre 2007 - Alain S

« Dans les quartiers dits populaires, les parents s’approprient l’école ,les pratiques scolaires, les objectifs scolaires selon des logiques cohérentes avec leurs conditions sociales d’existence et leur histoire sociale. »

Qu’est-ce à dire ?
Dans nos écoles labellisées ZEP, quelle peut être l’attente d’un grand nombre de parents face à la scolarité de leur enfant ?
L’ouvrage de Daniel THIN « Quartiers populaires : l’école et les familles » peut nous apporter quelques éclaircissements.

…/… L’inégalité dans la demande d’éducation

Outre l’obligation scolaire légale, l’école est rendue inévitable pour les familles populaires par les enjeux dont elle est porteuse pour les enfants et à travers eux pour tous les membres de la famille. L’école s’impose parce que sur elle repose pour une large part l’avenir des enfants, la possibilité qu’ils échappent à la condition des parents ou qu’ils ne connaissent pas une situation pire que la leur. Ne pas jouer le jeu de l’école conduit à être voué au regard négatif et aux stigmates, non seulement des enseignants, mais aussi des autres parents tant l’importance de l’école est consacrée jusque dans les familles les plus dominées. L’école est de la sorte un passage obligé pour les familles populaires. La scolarisation apparaît, pour ces familles, chargée d’espoir pour s’en « sortir » et ne pas déchoir. Il s’agit d’abord que les enfants échappent à la précarité et à la dureté de la vie, aux lendemains jamais assurés, à l’humiliation, aux difficultés quotidiennes. La scolarisation et la « réussite » à l’école sont présentées comme un moyen d’éviter les risques de délinquance et comme gage d’une plus grande autonomie (pouvoir remplir ses papiers seul, ne pas être perdu devant la complexité des démarches administratives, l’évolution des techniques et des moyens de communication.) L’acquisition des savoirs scolaires fondamentaux, lire- écrire- compter, apparaît pour les familles populaires comme une possibilité de libération pratique par la maîtrise de connaissances suffisantes pour ne plus dépendre d’autrui. « S’en sortir », c’est aussi pouvoir subvenir à ses besoins et aux besoins de la famille, s’assurer une stabilité familiale et professionnelle. Dans ce sens, pour les parents, l’école doit permettre « d’avoir quelque chose » ou « quelque chose entre les mains », avoir un métier, avoir une qualification.. Ainsi, demander à ses enfants de travailler à l’école, c’est vouloir qu’ils ne soient pas démunis. Pour beaucoup de parents, sans qualification et peu gratifiés de reconnaissance sociale, l’école doit permettre aux enfants d’acquérir ce minimum dont ils sont eux-mêmes dépourvus et qui leur fait cruellement défaut.

Dans les milieux populaires, les études techniques courtes sont valorisées parce qu’elles conduisent à des métiers clairement identifiés, en passant par des diplômes que les parents connaissent. Avec un CAP ou un BEP « entre les mains », les enfants ont quelque chose de précis , rattaché à un métier défini. A l’inverse, les diplômes d’études générales ne paraissent pas déboucher sur une qualification professionnelle.

Il y a opacité et manque de clarté, entretenu ou non, sur les filières longues.

Il vaut mieux assurer un « bon métier » que de risquer une perspective floue et incertaine.

Des études montrent que l’attitude des membres des classes populaires vis à vis de la scolarité est teintée de réalisme, de résignation, de fatalisme.

Dans cette perspective, les transmissions faites par l’école ne doivent qu’être utiles.

Ainsi, on ne peut apprendre que par accumulation de travail. Il semble que les familles populaires comprennent l’acquisition de connaissances comme addition de savoirs davantage que comme maîtrise de processus ou capacités à raisonner. La qualité des apprentissages est directement associée à la quantité de travail déployée par l’enfant ou exigée par l’enseignant.

La scolarisation est présentée comme une contrainte nécessaire au même titre que le travail.. Les parents s’approprient l’école , les pratiques scolaires, les objectifs scolaires selon des logiques cohérentes avec leurs conditions sociales d’existence et leur histoire sociale.

L’enseignant doit avoir conscience de ces axes d’attente des familles sans pour autant y abonder totalement.

Il n’est pas de notre responsabilité de conforter les parents dans cette vue implicite du rôle de l’école mais il y va du devoir de l’école républicaine de poursuivre ses efforts pour infléchir des représentations mentales de l’institution trop souvent fortement ancrées dans l’inconscient populaire et de faire entrevoir des possibilités de réussite et de poursuite des études pour tous.
Mais il s’agit là d’un autre débat qui ramène le sociologique à des orientations politiques et sociétales qui débordent largement la seule capacité de l’institution scolaire.

Bibliographie :

- « Quartiers populaires : l’école et les familles » de Daniel Thin
- « Le savant et le populaire » de Jean-Claude Passeron
- « La distinction » de Pierre Bourdieu
- « La culture ouvrière » de M. Verret
- « La culture du pauvre » de Richard Hoggart
- « Fuir ou construire l’école populaire » de A. Léger et M. Tripier

Quelques données chiffrées sur les cinq dernières années ( source : INED)

- 58 % des employés ont un diplôme inférieur au baccalauréat
- 13 % des employés n’ont aucun diplôme
- 64 % des ouvriers ont un niveau d’études inférieur au baccalauréat
- 25 % des ouvriers n’ont aucun diplôme
- Près des 4/5 des milieux populaires actifs n’ont pas le bac alors que 87 % des cadres ont le baccalauréat ou plus.

A suivre A.S.L.