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Rubrique Transversalité

Permis à points dans l’école…

Le 6 septembre 2007 - Alain S

De quoi s’agit-il ?

Mis en place depuis plusieurs années au sein des écoles J.J. Rousseau et G. Philipe de Migennes, le permis à points se présente comme une feuille individuelle au nom de l’élève.
L’année scolaire commence par l’attribution de 20 points.
Ensuite, chaque groupe-classe assure la gestion du capital points.
Selon une pratique pédagogique bien définie, le conseil de classe ou de coopérative peut être amené chaque semaine à intervenir sur le permis à points d’unetelle ou d’untel.
Il s’agit donc d’un outil qui, on le voit, suppose une pratique pédagogique où l’enfant a droit de parole mais aussi de censure.
On peut bien évidemment perdre des points selon la gravité de la bêtise faite ( barème à établir en début d’année) mais on peut également récupérer des points en fonction de l’attitude adoptée.

Moyen de socialisation appliqué dans l’école, il convient de rappeler la réflexion qui a permis l’instauration de ce permis dans l’établissement et d’en repréciser les modalités.

En matière d’éducation, les divers modèles utilisés mettent en relation trois types de données hétérogènes :

les valeurs et finalités que l’on se donne (axiologie)

les théories psychologiques du fonctionnement affectif et cognitif sur lesquelles on s’appuie

les outils élaborés pour agir (praxéologie)

Une des tâches prioritaires de l’éducateur est donc de veiller à toujours maintenir ces trois pôles dans ses activités éducatives afin que le « penser l’éducation » puisse servir à « agir sur l’éducation »

Qu’en est-il donc pour l’outil « permis à points »

Il est clairement défini que le type de pédagogie appliqué dans l’école doit toujours avoir pour objectif l’émergence d’un enfant-citoyen, acteur principal de son éducation.

Partant de ce postulat, il convient de réfléchir sur ce que peut vouloir dire l’imposition d’un outil qui à première vue peut paraître plus répressif qu’éducatif. Il semble donc qu’une réelle réflexion doive s’instaurer entre les utilisateurs de ce permis pour lui donner un sens partagé par tous.

Réflexion de type philosophie de l’éducation : faut-il préserver la nature humaine (cf. Jean-Jacques Rousseau) chez l’enfant ou bien maîtriser cette nature ( cf. Emmanuel Kant) par l’introduction d’une discipline modulée ? Discipline, peut-être, mais alors laquelle ? (axiologie)

Réflexion de type philosophie-personnaliste plaçant le respect et l’écoute de la personne au cœur de l’éducation.

Réflexion sur place et rôle des adultes dans le processus mis en place.
( Censeurs ? coopérateurs ? éducateurs ? ) - Quelles sont les finalités éducatives poursuivies ? Quel est le projet éducatif global ?

Réflexion sur place et rôle des enfants dans le vécu du permis à points. (acteurs passifs et subissants ou possibilité d’inter-activité et de créativité ?)

Réflexion sur des modèles psychologiques comme la théorie du champ menée par Kurt Lewin en psychologie sociale.

Réflexion sur la représentation de l’école par les familles au travers du permis à points ( gestion de la crise et de la difficulté en partenariat avec l’institution sans pénalisation insidieuse des familles sur fond de relégation et d’éjection des responsabilités éducatives de la part de l’école.)

Ainsi au-delà d’un simple bout de papier agrémenté de vingt points, une véritable discussion doit s’engager entre partenaires de la ZEP pour appliquer de façon sensée et surtout raisonnée l’esprit de ce permis qui bien plus que répressif doit travailler à l’émergence et à la construction d’individus conscients de leurs droits mais aussi de leurs devoirs.

Ce faisant, et en parfait accord avec l’esprit qui devrait animer une ZEP, nous pourrions mener tous ensemble, enseignants, parents et partenaires sociaux, une réflexion dont le seul but serait la mise en place d’un outil qui se doit beaucoup plus constructeur de personnalité que destructeur de potentialité.

à suivre.

A.S.L.

P.-S.

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« Le grand scandale ne vient pas seulement de ce que l’école reproduit grossièrement des inégalités, il vient notamment de ce que cette reproduction se fait au prix de la destruction et de l’humiliation des vaincus. » .....